Extracts from Le
rêve de la huppe « The Hoopoes’s Dream»,
poems, Al Manar, Paris 2005
Parfois l’été
Quand les collines se font plus légères
Et que les grenades
Poissent la paume des enfants
On croit voir flotter
Comme au fond d’une tasse
Les figures des aïeux
Sometimes in Summer
When hills become fainter
And pomegranates make children’s palms sticky
You might see floating
Deep in the bottom of your cup
Figures of the forefathers
Une malle de santal posée
Sur les digues de l’enfance
Suffit à effleurer les voix du passé
Comme ces palais de thé, issus de nos rêves
A sandalwood trunk forgotten
On the childhood’s dykes
Is enough to brush alive voices of the past
Like those tea-palaces, born out of our dreams
Damassée de sel et de vanille
Une lune s’éloigne
Que déjà les jonques
Perdent leurs voiles par milliers
Damask with salt and vanilla
A moon grows fainter
When junks are already
loosing sails by the thousands
La paix, la paix
N’est pas dans la prunelle
Des loups qui ravinent nos vignes
Ni dans la sueur des buis
Mais sous l’aisselle
Âcre et musquée de l’Arabie
Peace, peace
Is not in the eyes
Of wolves which furrow our vineyards
Nor in a pine’s sweat
But beneath the acrid and musk
Armpit of Arabia
Je vous en conjure
Filles de Jérusalem
Ne réveillez point
Celle qui couvera la patience d’attendre
Douce amère
Comme une lampe d’ombre
Sur le fracas des roses
Celle qui nous vient du plus à venir
Les signes tremblants d’une paix annoncée
Plus incertains que le rassemblement des hirondelles
A la frontière des saisons
Daughters of Jerusalem
I beseech you
Don’t wake her up
She who shelters the patience of waiting
Bittersweet as a lamp of shadow
On the rose’s despair
She who brings from afar the more to come
Rustling signs of a delayed peace
More doubtful
Than swallows gathering
On the border of seasons
Bella Judia donde va
S’il était un pont
Sur le Guadalquivir
Les cercles funestes
Que les corneilles
Creusent de leur bec
Le feront ployer
Leurs croix et leurs processions ont franchi les portes dilapidant un
pan
de ma mémoire L’huile souille les marches Leur paumes polissent
le
bronze de nos heurtoirs mélangent le lait caillé au sang
des enfants Au
cœur de l’Andalousie nous abandonnerons notre douleur une larme
pétrifiée La plainte du rossignol chasse nos cantigas nous
frotterons de
benjoin et de poussière le sol craquelé de l’exil
la chaux brûle la neige
et les corps j’allais par les sentiers et nos vallées calcinées
cherchant
les maures les juifs et les sorcières je ne les ai pas trouvés
les soldats
des murailles ceux qui tournent dans la ville m’ont frappée
ils m’ont
blessée l’aiguille de mon rêve brode une étoile
lisse la main des draps
nous sommes las de mourir maintenant que les pigeons ont fait leur lit
dans nos parterres quel est ce bourdonnement toute la tristesse d’une
maison se retire dans le goût de l’aneth le chantonnement
d’un collier
ne suffit pas à écarter du berceau les fièvres ni
la latte qui grince mets
sous ta joue l’écorce des amandes tendre duvet des fontanelles
ne
crains point la lune et son éclat Dors, dors petit garçon
aux yeux
d’Orient Dors dans les bras du figuier Dors, car nous poserons sur
ton sommeil un toit plus frais que la roue du paon et nous inventerons
pour toi une chevrette marchande de raisins secs et l’or d’une
colombe
Bella Judia donde va
If there was a bridge
On the Guadalquivir
The lethal circles
That crows dig with their beaks
Will make it bend
Their crosses and their processions have stepped over our thresholds
wasting part of my memory olive oil now stains the steps their palms
polishing the brass knockers and mixing curdled milk with children’s
blood We shall abandon our pain a petrified tear in the heart of Anda-
lusia The nightingale’s cry chases our cantigas We shall cover the
cracked soil of exile with benzoin and dust quicklime is burning snow
and bodies As I went through paths and burnt valleys I searched for
the Moors the Jews and the witches I haven’t found them The wall-sol-
diers those who patrol in the city have beaten me hurt me the needle of
my dream embroiders a star smoothing hands of sheets We are tired of
dying now that the pigeons have nested in our flowerbeds what is this
humming All the home’s sadness suddenly withdrawing in the taste
of
dill the singing of a necklace is not enough to push fever or a creaking
floorboard away from the cradle Put the almond bark beneath your cheek
soft fontanel down don’t be afraid of the shining moon Sleep, sleep
little
boy with oriental eyes Rest in the arms of the fig tree Sleep, for we
shall
lay on your rest a roof brighter than a peacock’s wheel and for
you we
shall invent the lullaby of a baby goat selling raisins and a golden dove
Suspendu à la lumière d’une
plume
De plus en plus rouge
Son rêve
Qui monte
Et pourtant, pourtant…
Hanging to a feather’s light
Growing redder and redder
Its rising dream
Yet, nevertheless…
Même si le ciel est vide
Qui tourne autour de nous
Les parfums du Cédron
Nous les habiterons
Comme un palais ouvert à tous les vents
Even though empty skies
Are whirling around us
The Cedron’ scents
We shall dwell in
A palace opened out to all winds
Et nous pousserons encore
Les syllabes
D’une rive à l’autre
Sans autre garantie
Que d’avoir approché le visage de l’ennemi
Hence we shall urge the syllables
Again and again
From shore to shore
Without any other guarantee
Than having got
ten closer to the enemy’s face
translated by the author
|